À l’approche de l’image, un monde à soi silencieusement se dévoile. Profond, il émane des formes et des taches de couleur noire, déposées sur la surface légèrement granulée du papier. Faire sentir, rougir. La gouache est au bout des poils du pinceau, par touche, elle touche la feuille et la tache de souvenirs, d’évocations oniriques ou de désirs en devenir. Elle forme un halo de matière à dessiner et attire le regard en un lieu et un temps, où une sensation de présence se fait sentir. Une sorte de rendez-vous qui s’approfondit pas à pas, feuille par feuille. La lecture est sensorielle, elle fait plonger, elle fait attendre.
- ”Où me mènes-tu ?”
- ”Suis- moi!”
Un dialogue que j’imagine lorsque je pense au travail de Julia Steiner. Le face à face que je me figure, alors que l’artiste est posée devant ce grand papier blanc, libre sur le mur. Elle mène son bal et, confiante, pose son regard du monde sur l’étendue du papier. Grandeur nature. Elle emploie la peinture fraîchement sortie du tube, formant vagues, embruns et brume, sans l’aide d’une seule goutte d’eau. C’est magique, mystérieux, dense, étrange. L’artiste interroge notre perception, du chaud, du froid, du vent rentré par la fenêtre sans vitre, des contrées abyssales, de ses inventaires nocturnes, l’œil humide du cheval, de ces êtres de dos qui semblent oublier le temps qui passe. Non qu’il se soit figé, mais plus tôt suspendu dans son propre espace, univoque et discret. Florance Plojoux |