Nicole HASSLER
Née à Bâle en 1953, Vit et travaille à Genève, Suisse
Etudes artistiques à l'Ecole Supérieure des Beaux Arts, Genève
2000-2001 Bourse Landis & Gyr, séjour à Berlin

Nicole Hassler procède par séries sur divers supports graphiques : peinture, photographie et vidéo, à travers des oeuvres qui touchent à l’intime. Toutes évoquent des identités féminines et masculines – des rencontres, des amitiés, des histoires de séduction – dont elle n’a souvent conservé que la simple enveloppe corporelle. Même si seule la superficie est représentée, en l’occurrence la carnation, l’exercice laisse entrevoir en toile de fond une profondeur dans le regard de l’artiste.
Au plaisir procuré par l’éclat lumineux d’une palette allant de l’ivoire à la terra cotta, s’ajoute l’aspect sensuel et velouté d’une texture invitant au toucher. Les compositions glamour de Nicole Hassler flirtent avec les armes de la séduction féminine parce qu’elles ont été réalisées à partir de pigments industriels appartenant à l’univers des cosmétiques. Le matériau se décline en fonds de teint, fards et poudres fines, autant d’artifices et de travestissements qui fétichisent le corps, tout en l’esthétisant.
A la subjectivité de l’iconographie s’oppose l’objectivité de la pratique. Les œuvres renvoient chacune à un référent – bien réel, mais sublimé – qui a été doublement dématérialisé puisque, après avoir subi l’épreuve de l’expression, sa substance a été conservée et imprimée en aplats. Des surfaces planes de ses monochromes couleur chair (Fonds de teint, 1995-1997; Elle à Lui, 2001 et Compact Powder, 2002), de ses photographies de torses masculins (Torses, 1999) ou encore de ses peintures laquées réalisées au moyen de vernis à ongle (Vernis, 2001-2003 et Glowing Paintings, 2004) découlent toujours un processus de détachement, une mise à distance où la touche s’avère invisible.
La démarche de Nicole Hassler s’apparente à l’art de la coquetterie féminine. Les activités qu’illustrent ses dernières vidéos peuvent paraître, à première vue, des plus frivoles : une femme qui se prélasse dans une station balnéaire (Wannsee, 2001) ou qui applique du vernis sur ses ongles (Otage, 2004). Mais le caractère répétitif d’un mouvement, celui des vagues dans l’une des vidéos, le glissement d’un petit pinceau dans l’autre, occupe et libère à la fois leur protagoniste, en dissipant les petits tracas du quotidien, les nouvelles diffusées à la radio ou les réminiscences d’un passé qui s’éloigne.

Eveline Notter, 2004

 

©Galerie Rosa Turetsky