Lithra 1: 150 x 300 cm. huile sur plomb 2007





 


 

 

 

Aliska LAHUSEN
née en Pologne en 1946 Vit et travaille à Paris et en Bourgogne

Mes actuels travaux en laque s'inscrivent dans la continuité. Ainsi dans mes précédents tableaux sur plomb j'utilisais la superposition des couches de peintures et leur effacement pour obtenir profondeur et éclat; de même dans nombre de mes sculptures en plomb, le verre et sa transparence étaient présents car depuis longtemps je m'intéresse au concept du reflet comme renvoi du regard à sa propre intériorité.
Par la suite, lors de voyages au Japon et dans des monastères de l'Himalaya, j'ai été passionnée par la découverte des mythes concernant le miroir et les rituels qui l'accompagnent. J'y ai vu une correspondance avec ma propre recherche artistique. Dans ces traditions, le miroir n'est pas l'instrument du regard narcissique en quête de son image mais il est au contraire l'objet qui capte et conserve: lorsqu'on ne l'utilise pas, mieux vaut, par prudence, le couvrir. Il est également associé à l'obscurité. Ainsi, dans le mythe japonais de la création, la déesse Amaterasu projette à l'aide d'un miroir sphérique la lumière sur le monde depuis le fond d'une caverne. Et dans le bouddhisme tibétain, lors du jugement des morts le dieu Yama tend à l’esprit du défunt un miroir qui a conservé les événements de son existence, puis il demande au mort de s’y regarder et de s’y reconnaître.
Je voulais travailler sur ce thème et je recherchais un médium que je pourrais utiliser comme pour enregistrer strate par strate des moments d’existence, des instants de conscience et qui me permettrait également d’user de la couleur pour insuffler le sentiment qu’une énergie émane de l’objet lui-même. Il me fallait donc pouvoir jouer autant de la couleur que de la lumière et de la transparence. Il m’a semblé que la laque traditionnelle offrait ces possibilités et je me suis tournée vers elle.
La lenteur d'exécution à laquelle oblige le matériau, les méthodiques préparations, les répétées superpositions des couches de pigments jusqu'à la révélation de la couleur finale, qui en transmet d'autres, cachées, qui l'ont précédée et qui, par elle, nous touchent, me paraissait capable de transmettre ce sentiment de l’existence.
Dans ce mode de travail, j'ai aussi trouvé une sorte de réponse à ma fascination pour l’action répétitive et obsessionnelle. La durée du travail oblige celle du regard: pour que la densité des strates accumulées s’impose en perception consciente d‘une certaine lumière, il faut aussi du temps. Le temps de se laisser porter, de revenir et de se laisser prendre. Ainsi, le spectateur, faussement attiré par la recherche d'un hypothétique reflet de son visage, peut-il être emmené (je l’espère...) par une émotion purement sensorielle vers des profondeurs plus lointaines...

 

©Galerie Rosa Turetsky