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Aliska
LAHUSEN
née en Pologne en 1946 Vit et travaille à
Paris et en Bourgogne
Mes
actuels travaux en laque s'inscrivent dans la continuité. Ainsi
dans mes précédents tableaux sur plomb j'utilisais la superposition
des couches de peintures et leur effacement pour obtenir profondeur et
éclat; de même dans nombre de mes sculptures en plomb, le
verre et sa transparence étaient présents car depuis longtemps
je m'intéresse au concept du reflet comme renvoi du regard à
sa propre intériorité.
Par la suite, lors de voyages au Japon et dans des monastères de
l'Himalaya, j'ai été passionnée par la découverte
des mythes concernant le miroir et les rituels qui l'accompagnent. J'y
ai vu une correspondance avec ma propre recherche artistique. Dans ces
traditions, le miroir n'est pas l'instrument du regard narcissique en
quête de son image mais il est au contraire l'objet qui capte et
conserve: lorsqu'on ne l'utilise pas, mieux vaut, par prudence, le couvrir.
Il est également associé à l'obscurité. Ainsi,
dans le mythe japonais de la création, la déesse Amaterasu
projette à l'aide d'un miroir sphérique la lumière
sur le monde depuis le fond d'une caverne. Et dans le bouddhisme tibétain,
lors du jugement des morts le dieu Yama tend à l’esprit du
défunt un miroir qui a conservé les événements
de son existence, puis il demande au mort de s’y regarder et de
s’y reconnaître.
Je voulais travailler sur ce thème et je recherchais un médium
que je pourrais utiliser comme pour enregistrer strate par strate des
moments d’existence, des instants de conscience et qui me permettrait
également d’user de la couleur pour insuffler le sentiment
qu’une énergie émane de l’objet lui-même.
Il me fallait donc pouvoir jouer autant de la couleur que de la lumière
et de la transparence. Il m’a semblé que la laque traditionnelle
offrait ces possibilités et je me suis tournée vers elle.
La lenteur d'exécution à laquelle oblige le matériau,
les méthodiques préparations, les répétées
superpositions des couches de pigments jusqu'à la révélation
de la couleur finale, qui en transmet d'autres, cachées, qui l'ont
précédée et qui, par elle, nous touchent, me paraissait
capable de transmettre ce sentiment de l’existence.
Dans ce mode de travail, j'ai aussi trouvé une sorte de réponse
à ma fascination pour l’action répétitive et
obsessionnelle. La durée du travail oblige celle du regard: pour
que la densité des strates accumulées s’impose en
perception consciente d‘une certaine lumière, il faut aussi
du temps. Le temps de se laisser porter, de revenir et de se laisser prendre.
Ainsi, le spectateur, faussement attiré par la recherche d'un hypothétique
reflet de son visage, peut-il être emmené (je l’espère...)
par une émotion purement sensorielle vers des profondeurs plus
lointaines...
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