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Khoa
PHAM
né
au Vietnam, vit et travaille à Paris
Notes
sur la peinture
Il n'y a pas d'esquisses ni de gammes de couleurs prédéterminées
quand je commence à peindre. Cependant ce n'est jamais rien. Il
y a la présence des sujets que je porte. Je m'efforce de ne pas
les enfermer dans une image. "Dans" le sujet, chaque toile est
un recommencement. Je ne vois pas encore le tableau. Et pendant la peinture,
je suspends le plus possible sa résolution. Laisser la toile se
faire, ou plutôt comment la faire sans imposer une volonté
extérieure. Rester ouvert à ce qui arrive pour le saisir.
"La
main peut saisir ce que la pensée n'a pas encore formé."
La difficulté est de maintenir la tension pendant toute la durée
du travail pour que l'émotion passe le plus directement de la main
à la toile, courcircuitant l'intellect. Ainsi le tableau apparait
tout entier. Les reprises partielles sont rarement possibles. Elles provoquent
la rupture de cette tension, et amènent presque inévitablement
à la repeinte complète de la toile.
Dans
l'atelier les dernières toiles sont posées contre les murs,
toujours visibles. Avoir le temps de regarder un tableau après
sa réalisation est essentiel pour moi. Une toile n'est vraiment
finie qu'une fois passé par ce temps de regard, qui peut être
plusieurs jours ou plusieurs mois. Si la toile ne résiste pas au
regard pendant ce temps, elle est reprise et tout recommence. Même
quand certaines parties restent, elle devient un autre tableau.
L'aisance
dans un petit ou un grand format vient de la connaissance précise
de l'espace à occuper. Les problèmes restent les mêmes.
Les grands formats sont plus "difficiles" à réaliser
seulement parce que la durée de la tension à maintenir est
plus longue. Inversement les petits formats sont difficiles sans tomber
dans la surcharge.
Etapes
La
réalisation d'un tableau comporte des étapes dont la traversée
est plus ou moins aisée. La préparation des fonds est insouciante,
peut-être parce qu'ils peuvent être complètement recouverts.
Au départ du tableau la joie de peindre est physique, tactile.
Arrive le moment où la séduction de la matière et
des effets obtenus sont si grands qu'ils provoquent toujours l'envie d'en
rester là. Et quelquefois, on décide de se laisser séduire,
pour le plaisir. Mais cette séduction engendre aussi la peur de
perdre le peu obtenu, quand il faut aller au-delà de ce qui est
déjà reconnaissable. A ce moment là, le plus dur
est de continuer sans peur; il n'y a rien à perdre. Autrement,
vraiment tout est perdu.
Terminer
une toile trop tôt, c'est la ramener vers ce qui est connu. A l'extrême,
c'est une formule que chacun peut appliquer, une recette qui rend une
chose prévisible, identifiable. Chaque peintre a ses formules et
résolutions possibles. La tentation de les utiliser est aussi grande
que la peur.
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