23avril02, huile sur toile 114X195 cm





 


 

 

 

Khoa PHAM
né au Vietnam, vit et travaille à Paris

Notes sur la peinture

Il n'y a pas d'esquisses ni de gammes de couleurs prédéterminées quand je commence à peindre. Cependant ce n'est jamais rien. Il y a la présence des sujets que je porte. Je m'efforce de ne pas les enfermer dans une image. "Dans" le sujet, chaque toile est un recommencement. Je ne vois pas encore le tableau. Et pendant la peinture, je suspends le plus possible sa résolution. Laisser la toile se faire, ou plutôt comment la faire sans imposer une volonté extérieure. Rester ouvert à ce qui arrive pour le saisir.

"La main peut saisir ce que la pensée n'a pas encore formé." La difficulté est de maintenir la tension pendant toute la durée du travail pour que l'émotion passe le plus directement de la main à la toile, courcircuitant l'intellect. Ainsi le tableau apparait tout entier. Les reprises partielles sont rarement possibles. Elles provoquent la rupture de cette tension, et amènent presque inévitablement à la repeinte complète de la toile.

Dans l'atelier les dernières toiles sont posées contre les murs, toujours visibles. Avoir le temps de regarder un tableau après sa réalisation est essentiel pour moi. Une toile n'est vraiment finie qu'une fois passé par ce temps de regard, qui peut être plusieurs jours ou plusieurs mois. Si la toile ne résiste pas au regard pendant ce temps, elle est reprise et tout recommence. Même quand certaines parties restent, elle devient un autre tableau.

L'aisance dans un petit ou un grand format vient de la connaissance précise de l'espace à occuper. Les problèmes restent les mêmes. Les grands formats sont plus "difficiles" à réaliser seulement parce que la durée de la tension à maintenir est plus longue. Inversement les petits formats sont difficiles sans tomber dans la surcharge.

Etapes

La réalisation d'un tableau comporte des étapes dont la traversée est plus ou moins aisée. La préparation des fonds est insouciante, peut-être parce qu'ils peuvent être complètement recouverts. Au départ du tableau la joie de peindre est physique, tactile. Arrive le moment où la séduction de la matière et des effets obtenus sont si grands qu'ils provoquent toujours l'envie d'en rester là. Et quelquefois, on décide de se laisser séduire, pour le plaisir. Mais cette séduction engendre aussi la peur de perdre le peu obtenu, quand il faut aller au-delà de ce qui est déjà reconnaissable. A ce moment là, le plus dur est de continuer sans peur; il n'y a rien à perdre. Autrement, vraiment tout est perdu.

Terminer une toile trop tôt, c'est la ramener vers ce qui est connu. A l'extrême, c'est une formule que chacun peut appliquer, une recette qui rend une chose prévisible, identifiable. Chaque peintre a ses formules et résolutions possibles. La tentation de les utiliser est aussi grande que la peur.

 

©Galerie Rosa Turetsky