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LEO
ZOGMAYER
Peintures - Sculptures
Pas de tableau: En sa qualité de dessinateur et
peintre, Leo Zogmayer a créé des tableaux porteurs de messages,
et souvent lourds de signification, qui sont l'illustration d'une variante
expressive de la trans-avantgarde, considérée à maintes
reprises comme spécifiquement autrichienne. C'est au milieu des
années 80 qu'il a commencé à créer des sculptures.
De menaçantes structures noires, souvent monumentales, des disques,
des anneaux, des cales et des boîtes, prenant violemment possession
du contexte spatial. C'est comme si le dessinateur Zogmayer, qui au début
de ses activités artistiques, s'était distingué par
des gravures d'un remarquable naturalisme, ne voulait plus raconter quoi
que ce soit sur le monde, contrairement à tous les tableaux que
l'histoire de l'art à accumulés au fil du temps. Les sculptures
qui n'avaient d'autres références que symboliques, constituaient
un premier pas: leur objectif n'était plus de renvoyer à
quelque chose d'extérieur à l'art, mais de produire quelque
chose en soi, à savoir un espace d'interaction avec le contemplateur
(devrait-on dire l'utilisateur?) de oeuvres d'art.
Etape suivante: Leo Zogmayer est revenu au tableau, auquel il cherche
à appliquer les connaissances qu'il a acquises dans son travail
plastique: des objets de bois peints de différentes couleurs, évoquant
des plan variables - mais s'agit-il encore véritablement d'un tableau?.
Or dans l'absence d'un tableau, ne manque t'il pas justement ce qui permet
de reconnaître une oeuvre d'art comme telle?
Traditionnellement, un tableau est un écran de projection, qui
perfore pour ainsi dire le mur où il se trouve. A l'intérieur
du cadre, quelque chose d'imaginaire est décrit de façon
à apparaître comme une substance stable, quelque chose de
supérieure au quotidien qui existe à l'extérieur
du cadre, quelque chose d'universellement valable. L'art moderne a remis
en question cette conception du tableau. L'artiste américain Robert
Ryman (né en 1930) est allé jusqu'à considérer
le mur comme une partie de l'oeuvre, dont il a appelé "tableau"
sa production. La signification de l'oeuvre ne résulte plus d'une
substance derrière elle, mais d'une foule - instable - d'interactions
entre l'artiste et l'oeuvre, entre l'oeuvre et son espace environnant,
entre l'espace et le spectateur.
Leo Zogmayer a poussé plus loin ce "Minimal Art". Il
divise le sujet du tableau en différentes parties qui sont déterminées
par leurs couleurs et leurs proportions et permettent d'identifier l'espace
resté libre entre elles comme un autre sujet de tableau. Ces diverses
parties constituant des volumes, elles articulent aussi l'entière
surface murale sur le monde tri-dimensionnel - l'espace pictural est transférée
dans l'espace réel architectonique, à l'intérieur
duquel se meut le spectateur.
Voilà qui n'est pas vraiment (nouveau). Usant du vocabulaire artistique
de son époque, Michelangelo Buanorroti a choqué ses contemporains
dans le vestibule de la Biblioteca Laurenciana a Florence (1526-1571),
en créant apparemment sans motif, de nouveaux rapports réciproques
entre divers éléments créateurs. De larges pans de
mur restaient vides et l'ensemble de la paroi ne servait plus à
l'illustration de structures tectoniques, mais devenait lui-même
tableau. Ainsi Buanorrozi a-t-il atteint l'extrême limite de l'analyse
de son matériau à l'époque et donné une réponse
fondamentale à la question de savoir ce qu'un artiste pouvait judicieusement
faire. Leo Zogmayer pose cette même question en recourant au langage
de notre temps.
Peter Zwarel
(traduction de F.Senger)
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