CHINA aluminium 19 x 29 cm 2007





 



 

 

 

LEO ZOGMAYER
Peintures - Sculptures

Pas de tableau: En sa qualité de dessinateur et peintre, Leo Zogmayer a créé des tableaux porteurs de messages, et souvent lourds de signification, qui sont l'illustration d'une variante expressive de la trans-avantgarde, considérée à maintes reprises comme spécifiquement autrichienne. C'est au milieu des années 80 qu'il a commencé à créer des sculptures. De menaçantes structures noires, souvent monumentales, des disques, des anneaux, des cales et des boîtes, prenant violemment possession du contexte spatial. C'est comme si le dessinateur Zogmayer, qui au début de ses activités artistiques, s'était distingué par des gravures d'un remarquable naturalisme, ne voulait plus raconter quoi que ce soit sur le monde, contrairement à tous les tableaux que l'histoire de l'art à accumulés au fil du temps. Les sculptures qui n'avaient d'autres références que symboliques, constituaient un premier pas: leur objectif n'était plus de renvoyer à quelque chose d'extérieur à l'art, mais de produire quelque chose en soi, à savoir un espace d'interaction avec le contemplateur (devrait-on dire l'utilisateur?) de oeuvres d'art.
Etape suivante: Leo Zogmayer est revenu au tableau, auquel il cherche à appliquer les connaissances qu'il a acquises dans son travail plastique: des objets de bois peints de différentes couleurs, évoquant des plan variables - mais s'agit-il encore véritablement d'un tableau?. Or dans l'absence d'un tableau, ne manque t'il pas justement ce qui permet de reconnaître une oeuvre d'art comme telle?
Traditionnellement, un tableau est un écran de projection, qui perfore pour ainsi dire le mur où il se trouve. A l'intérieur du cadre, quelque chose d'imaginaire est décrit de façon à apparaître comme une substance stable, quelque chose de supérieure au quotidien qui existe à l'extérieur du cadre, quelque chose d'universellement valable. L'art moderne a remis en question cette conception du tableau. L'artiste américain Robert Ryman (né en 1930) est allé jusqu'à considérer le mur comme une partie de l'oeuvre, dont il a appelé "tableau" sa production. La signification de l'oeuvre ne résulte plus d'une substance derrière elle, mais d'une foule - instable - d'interactions entre l'artiste et l'oeuvre, entre l'oeuvre et son espace environnant, entre l'espace et le spectateur.
Leo Zogmayer a poussé plus loin ce "Minimal Art". Il divise le sujet du tableau en différentes parties qui sont déterminées par leurs couleurs et leurs proportions et permettent d'identifier l'espace resté libre entre elles comme un autre sujet de tableau. Ces diverses parties constituant des volumes, elles articulent aussi l'entière surface murale sur le monde tri-dimensionnel - l'espace pictural est transférée dans l'espace réel architectonique, à l'intérieur duquel se meut le spectateur.
Voilà qui n'est pas vraiment (nouveau). Usant du vocabulaire artistique de son époque, Michelangelo Buanorroti a choqué ses contemporains dans le vestibule de la Biblioteca Laurenciana a Florence (1526-1571), en créant apparemment sans motif, de nouveaux rapports réciproques entre divers éléments créateurs. De larges pans de mur restaient vides et l'ensemble de la paroi ne servait plus à l'illustration de structures tectoniques, mais devenait lui-même tableau. Ainsi Buanorrozi a-t-il atteint l'extrême limite de l'analyse de son matériau à l'époque et donné une réponse fondamentale à la question de savoir ce qu'un artiste pouvait judicieusement faire. Leo Zogmayer pose cette même question en recourant au langage de notre temps.

Peter Zwarel
(traduction de F.Senger)

©Galerie Rosa Turetsky