Plume de goélands Spirale, 2007





 


 

 

 

Isa BARBIER
Vit et travaille à Marseille et à La Figueirette

le poids du rien

Voyageuse sans bagages, elle sculpte l’apesanteur dans le va-et-vient du souffle, entre la fragilité du monde et son éternité, exactement entre l’ici et simultanément là.

Silence. En 1992, une jeune femme s’attarde sur une plage sauvage de l’Esterelle entre Cannes et St Raphaël. Elle s’appelle Isa Barbier. Elle dessine, elle est peintre. Elle y vient comme à son habitude cueillir des plumes de goélands virevoltant sur le sable et le vent de la mer. Elle le fait comme toujours, alors enfant aux côtés de son père. Mais ce jour-là, le pas léger, elle s’en va vers son destin, pressentant qu’elle tient dans le creux de sa main, comme un souffle imperceptible, l’apesanteur de l’espace ; comme une respiration dans sa paume, le bruissement du temps et ce qui nous en échappe. La plume, un presque rien, un presque tout : la matrice de toute une œuvre sculpturale qui va, à jamais, la délivrer du cadre.

Transgressions d’atomes


Déjà, dans les limites admissibles du tableau, elle s’était mise progressivement à travailler ses compositions à traits fins, acérés " comme pour user la toile, trouer le papier, passer à travers. " Puis, les lignes et images dépasseront les frontières, s’étireront sur le mur en pluie d’atomes végétaux, pétales de roses, feuilles d’eucalyptus, aiguilles d’épicéa dont la forêt d’épingles qu’il aura fallu pour les fixer jouera aussi de sa présence artistique dans cette quête de la liberté.
Sur la plage de l’Esterelle, ce jour-là, avec l’idée de jeter ces envols de plumes sur des fils ténus, presque invisibles, va s’amorcer la création d’un univers pointilliste en trois dimensions qui, depuis, la mène jusqu’au bout d’elle-même. Il y a une très belle phrase de Nietzsche sur la sagesse de l’oiseau qu’Isa Barbier, dans son atelier de Marseille, aime se rappeler. "Voici, il n’y a pas d’en haut, pas d’en bas. Jette-toi ça et là, en avant, en arrière, toi qui est léger. Chante, ne parle plus ". Offertes au mouvement, à la lumière, ses structures aussi précises et minimalistes qu’un haïku palpitent au moindre frémissement de l’air, à la vibration d’un pas , d’un son, à la caresse d’une onde de froid ou de chaleur. Elles parlent de la folie de penser que l’on est sur un sol fixe, se mettent en suspension dans l’instant entre l’inertie terrestre et la fuite à la recherche de l’au-delà du ciel. " N’être plus qu’un souffle disent-elles, pour être partout à la fois, comme devant la vie vulnérable et par là, si précieuse. "
Au fil des années, l’oeuvre se fait de plus en plus fine, de plus en plus légère, tel un voyageur sans bagages. Telle Isa Barbier qui, avec une poignée de plumes, du fil nylon et un peu de cire, déploie ses installations dans les espaces privés et publics.

Viviane Scaramiglia

 

©Galerie Rosa Turetsky