Philippe Maurice

Conscience: Peintre au vingt-et-unième siècle

Le véritable but de l’art n’est pas de marquer le temps, le temps n’existe pas. Tout est éphémère à plus ou moins longue échéance.
Le véritable but de l’art et de la vie est de nourrir notre conscience, notre être.
De même que le temps, la matière n’existe pas non plus, elle n’est qu’une illusion puisqu’elle est condamnée à se transformer donc à disparaitre sous sa forme actuelle. Tout n’est donc que vanité, tout sauf cette énergie qui nous constitue, nous et l’ensemble des univers.
Cette énergie, éternelle, toujours en mouvement, lumineuse, nous pouvons l’appeler ion, atome, particule ou pour conserver un peu de notre humanité, âme. Car il faut bien croire qu’elle existe sous peine de sombrer dans la folie…
L’art est le miroir qui amène à la conscience de soi, la vie dont il faut faire grandir l’étincelle, afin de rendre à cette vie un feu plus grand que celui qui nous a été donné.
Pour cela il faut d’abord accepter de se faire face, accepter la solitude comme un cadeau, découvrir les peurs qui nous animent et nous freinent, les comprendre.
L’art ne souffre d’aucune hésitation, il oblige à agir, à choisir constamment une direction, une voie, un point de vue.
Parmi tous les médiums possibles, la peinture est pour moi l’un des plus sensibles. Elle s’adresse à l’âme, à la mémoire archaïque, refuse les gesticulations inutiles, impose de prendre le temps de regarder, de s’interroger, de comprendre.
Le peintre doit continuellement se réinventer, se développer autour d’un échange avec la matière, établir une conversation entre sa volonté d’imposer une idée préalablement définie et la peinture qui résiste à cette idée pour n’exprimer que sa matérialité.
C’est cette peinture et sa capacité expérimentale qui se sont imposées, à moi.
La première étape est charnelle. Etaler de la peinture, qu’importe le sujet, peindre des taches, des couleurs, de la lumière, de la matière, des formes, étaler de la peinture encore et encore. Les formes apparaissent, « je ne cherche pas je trouve » disait Picasso, c’est juste ludique, jouissif, du plaisir à l’état brut, une drogue surpuissante.
La seconde étape est plus ardue. Matière et conscience sont les outils du peintre. Le travail est long pour décortiquer la pensée et atteindre l’essence de notre être, mais si cela arrive alors, parfois, la matière se met au service de cette inconsciente mémoire collective et transcende l’individu pour exprimer des sentiments universels et rendre visible une réalité qui ne l’est pas.
Rendre visible l’invisible, voilà ce qui m’anime. Une expérience intime, une quête du « moi » et de mon humanité, retranscrite, matérialisée à l’aide de cette pâte colorée.
La vie est une quête de sens, de compréhension et de conscience, et l’art est dans cette quête un outil essentiel de partage et d’enrichissement.
Ma peinture s’est construite sur le sensible et avec la conscience d’appartenir à un ensemble d’êtres qui, à travers l’histoire, poursuivent un travail nécessaire à notre humanité.
L’art est un reflet de ce que nous sommes, ensemble. La peinture aujourd’hui, a la capacité d’être l’une des rares expressions poétiques et philosophiques dans notre société.
C’est en cela qu’elle m’est essentielle.

Philippe Maurice, Genève 2018