Jean-Louis Perrot

Statues et Monotypes

Si je parle de statue, j’évoque la représentation d’une entité formelle, vivante autonome dans l’espace, possiblement étrangère à l’environnement, possiblement anachronique, comme Christophe Colomb qui débarque aux Amériques. J’évoque aussi l’échelle de ce corps que je traque.
Et le monotype, en tant que peau, où s’exerce simultanément la pression de l’organe sensible et le relief de l’environnement, comme deux lutteurs, deux amants.
Le suaire est moins ce qui pourrait se prouver par sa datation au carbone14, que d’être la fine membrane comprimée entre le désir spirituel et le corps charnel, l’essence de l’art.
En scrutant la paroi rocheuse j’ai discerné mon désir au point d’en percevoir chaque détail, au point d’avoir en cet endroit, la sensation d’un réel possible.
J’ai vu distinctement ce cervidé que depuis des jours et des jours avec les miens nous traquons, affamés, au bord de l’inanition, notre espèce au seuil de la disparition, à jamais…
Alors, de peur qu’il ne s’échappe, à la lueur de la flamme, je le capture dans un piège de charbon et s’il le faut, je le mêlerai à mon propre sang pour que se fasse le lien indéfectible. L’un et l’autre partie d’un seul et même corps…
La main que tout à l’heure en confiance je laissais visible sur la roche était apposition pas représentation, préhension pas communication, art pas concept, rapport au monde pas propagande, écoute pas bavardage, excellence du partage pas excellence de l’excellence narcissique
Ralentir le pas, entrer plus profondément encore dans les matières qu’on transforme, retenir jusqu’à sa dernière extrémité la conduite rationnelle, persona de se taire et l’on dit : " aimer " pour que ce à quoi l’on se livre soit assez large et contienne nos aspirations.
Sur l’enclume, sous les coups réguliers la matière qui pousse et se repousse parle la ronde-bosse, s’étire à l’infini et évoque des postures magnifiques que l’on voudrait à jamais garder là.
Puissions-nous engendrer des temps intéressants…
Je sais lire dans la nature les formes de mon destin.
Dans le nuage aussi sûrement que dans ton visage l’âme qu’il contient…

J.L.P.

 

©Galerie Rosa Turetsky