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Aliska LAHUSEN

Tambour violet, 2013, huile et pigments sur plomb, 153 x 200 cm

L'artiste est née en Pologne en 1946, vit et travaille à Paris et en Bourgogne.

La caresse tremblante du temps
Les formes méditatives d’Aliska Lahusen

Aliska Lahusen poursuit depuis des années une entreprise patiente et calme. Elle se sert des matériaux et de leur transformation pour donner des contours à ce qui échappe si souvent au pouvoir de l’action et à la volonté, au temps qui est insaisissable. Elle crée lentement des formes qui viennent des profondeurs de l’histoire et qu’elle arrache au passé pour les rendre à la vie présente.
L’humanité occidentale n’a pas toujours vécu une temporalité qui se précipite vers l’avant, une succession d’actions, de réalisations, entrecoupées d’effondrement puis de reprise. Il y avait d’autres rythmes, d’autres cycles, un temps qui se forgeait à l’intérieur et qui n’était pas tourné seulement vers un futur dont la réalisation, d’ailleurs hypothétique, justifierait les désastres et parfois les bonheurs d’aujourd’hui. Même si notre modèle impose de plus en plus sa productivité sur toute la planète, ces visions et leurs objets subsistent encore dans d’autres régions du monde.
En faisant appel à ces formes lointaines, dans le passé ou dans l’ailleurs, en regardant là où subsiste une autre vision du temps, une autre manière de le vivre, non pas comme un continuum orienté mais comme un état et une succession d’états qui n’entretiennent pas de relation de causalité. Aliska Lahusen crée un monde de cercles et de retours. Ses « tambours » et ses « miroirs » brillent d’une couleur vive dont la profondeur vient des couches de laque superposées. Ses panneaux gris et mats, presque ternes, semblent habités par des êtres géométriques, par des courbes, par des flaques plus sombres ou plus claires.
La chose surgit lentement devant les yeux du spectateur, sans confier son origine. Maintenant, le résultat est souvent l’essentiel. Peu importe le temps passé pour l’obtenir. Peu importe même qu’il soit de la main de l’artiste. Il faut que ça claque. Mais rien n’oblige à suivre cette voie si ce n’est l’ambition d’être célébré, car l’art d’une époque n’est jamais homogène. Une autre conduite est possible, qui n’est ni meilleure ni pire, ce n’est pas le problème. L’essentiel est qu’elle soit là, que le lent travail soit encore une forme de méditation et que la caresse de la main sur la matière donne un sens au temps qui n’en a pas.

Laurent Wolf, «Peinture et Sculpture», Le Temps, 2009


“Mes actuels travaux en laque s'inscrivent dans la continuité. Ainsi dans mes précédents tableaux sur plomb j'utilisais la superposition des couches de peintures et leur effacement pour obtenir profondeur et éclat; de même dans nombre de mes sculptures en plomb, le verre et sa transparence étaient présents car depuis longtemps je m'intéresse au concept du reflet comme renvoi du regard à sa propre intériorité. Par la suite, lors de voyages au Japon et dans des monastères de l'Himalaya, j'ai été passionnée par la découverte des mythes concernant le miroir et les rituels qui l'accompagnent. J'y ai vu une correspondance avec ma propre recherche artistique. Dans ces traditions, le miroir n'est pas l'instrument du regard narcissique en quête de son image mais il est au contraire l'objet qui capte et conserve: lorsqu'on ne l'utilise pas, mieux vaut, par prudence, le couvrir. Il est également associé à l'obscurité. Ainsi, dans le mythe japonais de la création, la déesse Amaterasu projette à l'aide d'un miroir sphérique la lumière sur le monde depuis le fond d'une caverne. Et dans le bouddhisme tibétain, lors du jugement des morts le dieu Yama tend à l’esprit du défunt un miroir qui a conservé les événements de son existence, puis il demande au mort de s’y regarder et de s’y reconnaître. Je voulais travailler sur ce thème et je recherchais un médium que je pourrais utiliser comme pour enregistrer strate par strate des moments d’existence, des instants de conscience et qui me permettrait également d’user de la couleur pour insuffler le sentiment qu’une énergie émane de l’objet lui-même. Il me fallait donc pouvoir jouer autant de la couleur que de la lumière et de la transparence. Il m’a semblé que la laque traditionnelle offrait ces possibilités et je me suis tournée vers elle. La lenteur d'exécution à laquelle oblige le matériau, les méthodiques préparations, les répétées superpositions des couches de pigments jusqu'à la révélation de la couleur finale, qui en transmet d'autres, cachées, qui l'ont précédée et qui, par elle, nous touchent, me paraissait capable de transmettre ce sentiment de l’existence. Dans ce mode de travail, j'ai aussi trouvé une sorte de réponse à ma fascination pour l’action répétitive et obsessionnelle. La durée du travail oblige celle du regard: pour que la densité des strates accumulées s’impose en perception consciente d‘une certaine lumière, il faut aussi du temps. Le temps de se laisser porter, de revenir et de se laisser prendre. Ainsi, le spectateur, faussement attiré par la recherche d'un hypothétique reflet de son visage, peut-il être emmené (je l’espère...) par une émotion purement sensorielle vers des profondeurs plus lointaines...”

AL

 

   
   
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