Jean-Louis PERROT

Mon langage est dans « le seuil du mouvement », oû l’instant infime d’une masse qui s’immobilise, calme serein, celui de « la force vitale qui se régénère »… C’est l’instant d’équilibre qui m’intéresse...comme le seuil du mouvement dans lequel les êtres vont se saisir de leur destin.

Je l’oppose à l’airain qui voulait fixer autrefois la posture idéale pour les siècles des siècles, le joug de l’humanité. J’aspire à toutes les postures, à la vie pétillante, éprouve la latence d’un monde meilleur. Je n’anticipe pas une forme, je veux vivre et l’univers m’indique qu’il me faut être gazeux où revêtir la carapace d’un lucane. La bonne façon ne vient qu’après avoir bien joué, bien travaillé et pardon, le temps m’est précieux, je n’ai de certitude qu’au dernier instant.

Natacha MERCIER: Déplacer le regard

La peinture de Natacha Mercier se situe à un endroit particulier : celui où l’image n’apparaît pas immédiatement, mais se forme lentement, tout en pouvant disparaître. Le regard devient alors actif sans pour autant pouvoir tout maîtriser. Il se déplace, s’ajuste, revient sur ce qu’il croit avoir vu, dans une forme d’attention mobile et fragmentaire qui correspond à ce que Norman Bryson appelle le glance, un regard qui ne fixe pas immédiatement son objet mais le construit dans la durée.

C’est dans cet intervalle instable entre apparition et retrait que s’inscrit le champ d'expérimentations de Natacha Mercier. Cette approche trouve des échos dans les œuvres de Etel Adnan, James Turrell, Vija Celmins ou Ann Veronica Janssens, ainsi que dans les analyses de Michaël Fœssel, où la perception est pensée comme une expérience située, fragile, dépendante de ses conditions d’apparition.

La nuit, omniprésente, n’y est pas un simple motif mais un véritable habitat : elle absorbe, filtre et redistribue la lumière, modifiant en profondeur les conditions de la vision. Les œuvres récentes de la série « De profundis » prolongent ce déplacement. Emprunté au latin « depuis les profondeurs », le titre ne désigne pas une descente mais un point de vue : celui d’un regard immergé, situé dans une zone d’opacité. Jonas Alvear, 2026